Livre d'or 2016 Livre d'or 2014-2015 Livre d'or 2012-2013 Livre d'or 2010-2011 Livre d'or 2008-2009

Saison 2011


Mardi 18 octobre tu étais convié à Paris pour assister à la présentation du Tour de France 2012. Ta présence signifie-t-elle que l’équipe Saur-Sojasun a de grandes chances d’appartenir à la liste des formations invitées à la future grande boucle ?
Comme l'an dernier notre participation à la grande boucle 2012 dépendra d'une invitation. J'espère évidemment que les résultats obtenus par mon équipe durant cette année 2011 et notre bon premier Tour de France joueront en notre faveur.
Le Tour de France sera mon principal objectif de la saison prochaine. J'ai découvert le tracé lors de la présentation officielle et je le trouve bien équilibré. Je pense que le parcours peut me convenir, les deux contre la montre ne sont pas pour me déplaire et j'espère pouvoir faire mieux que l'an dernier. Je pense qu’avec l'expérience que j'ai emmagasinée en bouclant mon premier grand Tour et avec un peu plus de réussite un top 10, l'an prochain, est réalisable.

ASO, société organisatrice du Tour de France, a-t-elle prévu comme en 2011 de dévoiler la liste des équipes invitées très tôt dans la saison ?
Je ne sais pas quand ASO a prévu de dévoiler sa sélection. Bien évidemment j'aimerais que ce soit suffisamment tôt afin de pouvoir comme cette année, me préparer sereinement pour arriver au top de ma forme en juillet.

Le parcours proposé pour cette édition 2012 semble laisser la part moins belle aux grimpeurs, avec moins d’arrivées en altitude. Est-ce pour te déplaire ?
Effectivement, c'est la première impression que l'on peut avoir quand on regarde le parcours puisqu'on a presque 100 kilomètres de contre la montre. Cependant, même si les chronos seront très importants, la montagne sera bien présente et difficile. Beaucoup de côtes et cols proposés ne sont pas très connus mais ils sont très difficiles, notamment la planche des belles filles ou le grand colombier. Et comme on l'a vu l'an dernier dans l'étape de Gap ou au mur de Bretagne, ce n'est pas forcément dans les cols les plus durs que les écarts se font et que le spectacle est le plus beau. Je pense que l'on aura une course mouvementée et pleine de surprises.

Le retour à deux grands contre la montre va changer la donne et donc forcément l’approche de la course. As-tu déjà réfléchi à des modifications dans ta préparation ?
Effectivement les deux contre la montre vont nous obliger à modifier un petit peu notre approche par rapport à l'année dernière. J'ai déjà réfléchi aux modifications que je vais apporter pour arriver encore plus en forme au départ du Tour. Cette année j'ai suivi une préparation plutôt "classique", que je connaissais et qui me convenait. L'année prochaine je vais prendre plus de "risques" dans ma préparation, dans l'espoir d'être plus en forme.

Justement, profites-tu de cette période pour souffler ou es-tu déjà concentré et dans une phase de travail en vue de la prochaine saison ?
J'ai terminé ma saison 2011 très tôt, j'en ai donc profité pour bien couper et partir en vacances.
J'ai repris tout doucement l'entraînement depuis quelques jours, en variant les sports. Pour moi la saison 2012 a déjà commencé et la motivation est bien présente donc tout va bien.


Mi-août tu participes au Tour de l'Ain avec l'espoir de bien figurer. Malheureusement tu es victime d'une grosse chute. Quelles sont les circonstances et t'es-tu bien remis de cette "gamelle" ?
Effectivement, je voulais vraiment briller sur cette course, j'étais resté sérieux après le Tour pour profiter au maximum de ma forme. Le prologue m'avait d'ailleurs rassuré puisque sans prendre énormément de risques, j'avais réussi à terminer 4ème. Malheureusement, lors de la première étape, ma roue avant s'est cassée et j'ai été victime d'une grosse chute. Je suis reparti, mais avec beaucoup de brûlures et de courbatures. J'espérais que cela n’aurait pas d’incidence sur la suite de cette épreuve mais malheureusement, on ne se remet jamais en deux jours d'une chute et lors de l'étape du grand colombier, les sensations n'étaient vraiment pas bonnes.
Cette chute a eu des conséquences sur ma fin de saison car j'ai ressenti jusqu'à ma dernière course des douleurs dans le dos et la jambe. Je profite de ma coupure pour soigner ces douleurs et pouvoir repartir comme il faut dans ma préparation début novembre.


Tu t'alignes ensuite sur le Tour du Doubs, course où tu es le vainqueur de l'édition précédente. Cette année la réussite n'a pas été la même. Comment s'est déroulée cette manche de coupe de France ?
Cette année, je savais que la forme n'était pas du tout la même que l'année précédente et je me suis rendu sur cette épreuve pour aider mes coéquipiers. Le mauvais temps a rendu la course très difficile. A une vingtaine de kilomètres de l'arrivée, une échappée de trois coureurs est partie. Ne me sentant pas en mesure de réaliser un bon résultat j'ai roulé derrière les échappées afin de maintenir un faible écart pour que mes coéquipiers puissent attaquer dans la dernière bosse et disputer la victoire. Après de nombreuses attaques, un groupe, où figurait Julien Simon, a réussi à se dégager derrière l'homme de tête. Malheureusement, alors que ces coureurs allaient se disputer la deuxième place, Julien est tombé dans le dernier virage. Jonathan termine 11ème et Guillaume 12ème. Avec un peu plus de réussite, on aurait pu prendre la tête du classement par équipe de la coupe de France.
 
Tu sors du Tour de Padanie, nouvelle épreuve inscrite au calendrier cycliste. Que penses-tu de cette nouvelle course à étapes ?
C'était la première année que cette course figurait au calendrier cycliste et on peut dire qu'elle a été animée. En effet, cette épreuve est organisée par un parti d'extrême droite ce qui a soulevé la colère des gens de "gauche". Tous les jours, la course était arrêtée ou déviée à cause des manifestants qui bloquaient les routes, nous insultaient ou nous jetaient des projectiles. Mis à part ces problèmes de "divergences politiques", l’épreuve était très intéressante avec un très bon plateau et un parcours bien dessiné. Sur le plan sportif, l'équipe est plutôt allée là-bas en vue de préparer au mieux la fin de saison. Personnellement, les sensations n'étaient pas « super », je me suis accroché tous les jours pour finir ma saison sur une note correcte. 
 
Sur l'étape montagneuse de ce Tour tu termines 17ème mais assez loin du vainqueur. Etait-ce une étape vraiment difficile ?
Sur cette étape, toutes les difficultés étaient concentrées dans les 50 derniers kilomètres, ce qui a rendu la course très intense et nerveuse jusqu'à la fin. L'avant dernier col a provoqué une première sélection puisqu’on ne bascule qu'à trente coureurs, avant que d'autres ne rentrent dans la descente. La dernière ascension était plutôt longue (14km) avec des passages à 10%. C'est dans ces passages raides que le groupe a explosé. Tout le monde était donc à la "rupture" et la sélection se faisait par l'arrière. Basso est sorti d'un groupe de cinq coureurs à cinq kilomètres du sommet. Cette montée était exposée au vent et dès que je me suis retrouvé seul, les écarts ont grandi très rapidement. On peut remarquer que le deuxième de cette étape accuse un débours de 50 secondes.
 
Saur-sojasun a commencé son recrutement pour la saison prochaine. D'autres coureurs sont-ils susceptibles de rejoindre ta formation ?
Effectivement, deux coureurs ont officiellement signé et je pense que d'autres devraient arriver. Je ne m'occupe pas trop du recrutement, je laisse faire le staff. Je pense que la situation est un peu confuse pour toutes les équipes puisque avec les fusions et les attributions des points pour le Pro Tour, tout le monde est un petit peu dans le flou et attend le dernier moment pour recruter. Je pense que le "mercato" devrait davantage bouger dans les jours à venir.
 
Et maintenant quelles épreuves penses-tu disputer pour clore cette saison 2011 ?
Pour moi, la saison est terminée, ma dernière course était le Giro Padania. J'ai décidé de couper de bonne heure car l’année a été longue et stressante. Je sentais le besoin de couper. Cela me permettra de reprendre avec une grosse envie. J'ai déjà de nombreuses pistes qui devraient me permettre d'être encore plus performant l'année prochaine. Cette saison a été bonne puisque j'ai atteint tous mes objectifs, sans abandonner une seule course mais je pense que je peux encore améliorer de nombreux points. J'ai déjà le regard tourné vers 2012 avec la volonté de progresser pour pouvoir encore davantage rivaliser avec les meilleurs.


Ton objectif avoué avant la grande boucle était d’entrer dans les quinze premiers du général. Avec ta 14ème place, on peut dire « mission accomplie ». Es-tu pleinement satisfait de cette performance ?
C'est vrai que l'objectif au départ était un top 15 et de ce point de vue là, l'objectif est atteint. Maintenant, quand je regarde les nombreux "pépins" dont j’ai été victime la première semaine (chute, problèmes mécaniques) et qui m'ont couté beaucoup d'énergie, je pense que j'aurais pu réaliser un meilleur classement. Cependant, je n'oublie pas que de nombreux favoris qui postulaient au top 10 voire au podium ont été éliminés sur chute. Par rapport à eux, même si j'ai souffert de ma jambe pendant toute l’épreuve, j'ai eu beaucoup de chance de ne rien me casser.
D'un point de vue plus général, je suis aussi très content du comportement de l'équipe, qui pour sa première expérience à ce niveau a fait une belle course : de nombreuses échappées, un top 15 et les neuf coureurs à l'arrivée.

Quel est ton état de fatigue à l’issue de cette épreuve ?
J'ai plutôt bien terminé le Tour, très fatigué bien sûr, mais les sensations lors de la 3ème semaine étaient bonnes et c'est plutôt bon signe. Cependant, on ressent réellement la fatigue lorsque l'on rentre chez soi. En effet, on vit dans notre bulle pendant trois semaines, avec du bruit en permanence autour de nous (publics, hélicoptères...) et d'un coup, il n'y a plus rien. De plus, la pression de la course retombe également brutalement et c'est à ce moment que je me suis senti le plus fatigué. Toute la semaine qui a suivi l'arrivée, j'ai accusé le coup. J'ai continué à rouler pour entretenir la forme et pour préparer du mieux possible la fin de la saison.

Hormis ton abandon, pour cause de maladie, sur le Tour 2009, c’est la première fois que tu participes à un grand Tour. Qu’as-tu appris sur l’approche d’une course de trois semaines et sur tes aptitudes liées à ce type d’épreuve ?
Contrairement à 2009, je savais très tôt que je ferais le Tour et j'ai pu planifier l'ensemble de ma saison en fonction du mois de juillet. J'ai eu un programme idéal, avec un début de saison plutôt dense et une grosse coupure afin de préparer cet objectif. Pour moi, cette interruption est primordiale, c'est la façon de procéder qui me correspond le mieux. J'ai déjà tiré beaucoup d'enseignements de ma préparation et je sais les choses que je dois modifier pour arriver encore plus en forme l'an prochain et j'ai déjà hâte d'être dans cette phase. Concernant la course, je suis surtout satisfait des sensations que j'ai eues en trois semaines. En effet, je n'avais jamais été si loin dans un grand Tour et pourtant c'est dans la troisième semaine que j'ai pris le plus de plaisirs et où les sensations étaient les meilleures. J'ai réussi à bien récupérer et cela me donne beaucoup de confiance et me conforte dans mon envie de me concentrer encore plus sur les courses par étapes.

Lors de ces trois semaines qu’est-ce que tu as aimé et qui t’a déplu que ce soit sur le plan de la course ou de ses à côtés ?
Le Tour est la plus belle course du monde mais c'est aussi celle où il y a le plus de stress. En effet, il y a tellement de public, d'enjeu pour les équipes avec des infrastructures énormes que le stress est immense. C'est pour ça qu'il y a tant de chutes. Ce qui m'a le plus déplu c'est forcement la chute provoquée par la voiture de France télévision et qui a mis à terre Flecha et Hoogerland. Ce sont des situations que l'on aimerait ne jamais voir.
Le moment que j'ai préféré est la montée de l'Alpe d'Huez. En effet, on arrivait au pied de cette ascension après un début de course complètement fou avec l'attaque de Contador dès le pied du télégraphe et là, il y avait une foule énorme pendant toute la montée, on ne voyait plus la route, on entendait plus rien tellement les gens criaient, c'était un super moment.

Tu n’as pas encore 25 ans et pourtant tu te retrouves leader d’une équipe française sur la plus grande course cycliste au monde. As-tu ressenti une pression induite par ton statut et si oui comment l’as-tu gérée ?
Effectivement, lorsque l'on est leader d'une équipe on a davantage de pression toute l'année et encore plus sur le Tour. J'ai ressenti cette pression pas forcément de la part de mon équipe mais plutôt des journalistes. En effet, on m'a présenté avant cette course comme un des espoirs du cyclisme français, capable de briller sur la grande boucle. On oublie que je n'ai que 24ans, que je n'ai jamais terminé une épreuve de trois semaines, que c'était mon premier Tour en tant que leader et le premier de l'équipe. Terminer un grand Tour, permet de prendre beaucoup de puissance et c'est quelque chose qui j'espère me rendra meilleur l'an prochain. J'ai senti beaucoup d'attentes mais je suis resté concentré, en essayant de faire du mieux possible et en sachant qu'il était possible que je n'atteigne pas mes objectifs. L'équipe ne me mettait pas la pression car ils savaient que j'avais travaillé dur et que j'allais tout donner pour rentrer dans les quinze premiers malgré mes problèmes la première semaine.

Quels commentaires peux-tu apporter sur le comportement général de ton équipe durant ce Tour 2011 ?
Je suis super content de ce qu'a réalisé l'équipe sur ce Tour. En effet, sur neuf coureurs, cinq n'avaient jamais participé à la grande boucle et trois n'avaient jamais fait de grand Tour (4 en me comptant puisque je n'avais jamais terminé une course de trois semaines). L'équipe manquait d'expérience et pourtant on a terminé au complet. On avait le plus jeune coureur de l’épreuve (Anthony Delaplace) qui a fait beaucoup d'échappées. Engoulvent termine deux fois dans le top10 au sprint. Talabardon a été le plus combatif sur l'étape de Chateauroux... Toute l'équipe a fait de son mieux et pour une première expérience, c'est plutôt encourageant. Toutes les autres équipes avaient beaucoup plus d’acquis que nous et on a quand même réussi à rivaliser avec eux au classement général. Sans oublier que nous n'avons pas été épargnés par la malchance puisque Mangel a eu neuf points de suture à la fesse, Galland est tombé malade la première semaine et Jeandesboz a terminé avec une côte fissurée. Malgré cela, nous avons atteint nos objectifs même si on aurait aimé une victoire d'étape.

Et maintenant as-tu prévu de souffler un peu ou d’enchaîner sur d’autres courses ?
J'ai essayé de récupérer du mieux possible les jours qui ont suivi l’arrivée à Paris avant de reprendre l'entraînement intensif cette semaine pour préparer la fin de saison. Je serai dès le 9 août sur le Tour de l'Ain, avant d'enchaîner avec le grand prix de Plouay. Les vacances ce sera pour le mois d'octobre !


Le résultat que tu as obtenu sur le critérium du Dauphiné est-il conforme à tes attentes ?
Le Dauphiné était pour moi un point important dans ma préparation. En effet, après une longue coupure et une très grosse préparation, j'arrivais sur cette épreuve un peu dans l'inconnu. Je savais que la forme ne serait aussi bonne que l'an dernier mais, comme tout compétiteur, j'espérais être capable de rivaliser avec les meilleurs. Les premiers jours ont été particulièrement difficiles puisque le manque de rythme, dû à ma coupure, s’est fait ressentir. Toutefois, j'ai réussi à réaliser un bon prologue et à limiter "la casse", comme j'ai pu, jusqu'au contre la montre. Ce chrono était très important puisque le tracé était identique à celui qui sera proposé sur le Tour de France. J'ai pu en tirer de nombreux enseignements qui me seront très utiles en juillet. Ensuite lors des étapes de montagne, les sensations n’étaient pas mauvaises sans être non plus très bonnes. J'ai essayé de m'accrocher le plus possible aux meilleurs afin de passer un palier et continuer à améliorer ma forme en vue du Tour. Au final, ma 13ème place et le maillot de meilleur jeune constituent un résultat plutôt bon au regard de la forme qui était la mienne au départ de la course.

Avec quels objectifs t-es-tu présenté sur les deux épreuves auxquelles tu as participé sur les championnats de France ?
Cette année, j'ai vraiment été aux championnats de France sans préparation spécifique. Ces deux courses faisaient partie intégrante de mon dernier bloc de travail en vue du Tour. Je suis arrivé sur le contre la montre en ayant fait deux grosses journées de travail en montagne et à la fin d'un cycle de travail de quatre jours le but étant d'arriver sur cette course avec de la fatigue. C'est pour cela que j'ai eu pas mal de difficultés pour me mettre dans le rythme au départ du chrono mais que j'ai réussi à finir fort. J'étais plutôt content de mon résultat vu que j'arrivais un peu "émoussé" au départ.
Concernant la course en ligne, j'étais un peu dans l'inconnu. Je ne savais pas comment j'allais être physiquement sur un parcours aussi long et exigeant, après cette grosse semaine de travail. Même si les sensations n'étaient pas encore au top, j'ai pris du plaisir et il ne m'a pas manqué grand chose pour accompagner les meilleurs dans le final.

Tu as axé ta préparation pour arriver au top de ta forme sur la grande boucle. Le Tour de France, nous y sommes. Tes sensations sont-elles bonnes à la veille de cette épreuve ?
Les sensations sont bonnes mais pas encore exceptionnelles. Je me sens mieux depuis les championnats de France et j’espère que la première semaine de course me permettra d'améliorer encore ma condition. Toutefois, sur le Tour, il faut avoir un peu de chance pour réussir à éviter les chutes, les ennuis de santé...

En ce moment, tu es régulièrement sollicité par la presse pour répondre à des questions souvent similaires. N'est-ce pas usant et cela ne contribue-t-il pas à augmenter la pression ?
A l'approche du grand départ, c'est vrai que les demandes pour des interviews ont été nombreuses. J'ai essayé de gérer au mieux ces sollicitations afin de ne pas perdre trop d'énergie et de rester concentré sur la course. A partir d'aujourd'hui, je rentre réellement dans la compétition et je vais laisser le téléphone de côté afin d'optimiser ma récupération. Avec l'attente, Je sens la pression monter mais j’essaie d'en faire abstraction. Je ferai de toute manière du mieux possible.

La sélection des coureurs de l'équipe Saur-Sojasun pour la participation au Tour de France est connue. Ce choix a-t-il été dicté par le directeur sportif ou est-ce une décision prise collégialement ?
Cette décision est prise par l'ensemble du staff (directeurs sportifs, manager et entraîneurs). Ils ont vraiment essayé de mettre en place une équipe performante et la décision n'a pas été facile à prendre car beaucoup de coureurs auraient mérité eux aussi leur sélection. A nous maintenant de faire de notre mieux durant ces trois semaines.


Le Giro vient de s'achever. L'as-tu suivi et observé certains de tes prochains adversaires sur le Tour de France ?
Effectivement, j'ai suivi avec attention ce Giro qui était très passionnant. On a vu que les français ont été des acteurs importants sur cette course. Concernant le podium, il n’y a pas eu vraiment de surprise puisque les trois favoris étaient exacts au rendez vous. Hormis Contador et Kreuziger, je ne sais pas quels autres coureurs vont doubler Giro et Tour. En tout cas pour eux, la récupération entre les deux courses sera primordiale pour être en forme en juillet.

Un des faits marquants du Tour d'Italie a été la chute mortelle du coureur belge Wouter Weylandt. A-t-on toujours conscience du danger lorsque l'on est coureur cycliste ?
C'est vrai que cette tragédie a été un vrai coup dur pour l'ensemble des coureurs. Sans forcément le connaître, mes équipiers et moi avons tous été touchés et choqués quand on a appris la nouvelle. En revanche, il est vrai qu’en course on n’a pas réellement conscience du danger, on ne se rend pas compte des risques que l'on prend, notamment en descente. Personnellement, j'ai plus peur quand je regarde une course à la télé que quand je suis dans la course. Même si des accidents comme celui de Wouter n’arrivent que très rarement, ils sont malheureusement encore trop nombreux.

Tu sors de plusieurs stages, avec ton équipe, programmés pour reconnaître certaines étapes du critérium du Dauphiné et du Tour. Quels enseignements en tires-tu ?
Ces stages ont été très instructifs. Les bonnes conditions météo nous ont permis de bien travailler et nous avons pu reconnaître toutes les étapes importantes. C'est capital pour nous de connaître les étapes afin de savoir ou l'on "mettra les pieds" en juillet. L'enseignement principal est que la troisième semaine du Tour sera primordiale et extrêmement dure. Cependant, dès l'étape de Super Besse, la course sera difficile et usante. La fraîcheur aura un rôle prépondérant comme dans toutes les courses de trois semaines.

Quelle étape te paraît la plus dure sur cette édition 2011 du Tour de France ?
Toutes les étapes de haute montagne sont difficiles, mais celle qui m'a paru la plus dure, lors des reconnaissances, est celle du plateau de Beille. Après, c'est aussi le déroulement de la course qui rendra les étapes plus ou moins difficiles. Je pense toutefois que l'étape de Saint Flour qui n'est pas cataloguée étape de montagne sera très compliquée. En effet, elle est très usante et il faudra être vigilant pour ne pas se faire piéger.

Voilà plus d'un mois que tu n'as participé à aucune compétition. Est-ce le passage obligatoire pour être performant en juin et juillet ?
Ce n'est pas un passage obligé mais c'est celui que j'ai pensé être le meilleur pour moi. En effet, je ne suis pas un coureur qui court beaucoup, j'aime me préparer et m'entraîner chez moi afin d'arriver frais et motivé sur chaque course. Je pense que la fraîcheur sera un atout en juillet et c'est pour cela que j'ai choisi de ne pas courir pendant cinq semaines.

Tu ne caches pas ton désir d'accrocher un Top 15 sur la grande boucle et de réaliser un bon Dauphiné. Comment te sens-tu physiquement et psychiquement à la veille de ces deux grands rendez-vous ?
C'est vrai que j'aimerais réaliser un bon classement général sur le Tour. Pour cela j'ai axé ma préparation sur le mois de juillet, en espérant monter en puissance au fil du mois de juin. J'arrive au départ du Dauphiné dans une forme un peu moins bonne que l'an dernier puisqu'il y a le Tour ensuite. Cependant, j'espère quand même réaliser une bonne semaine et pourquoi pas un bon classement général.


Tu achèves ta première partie de saison. Les performances que tu as réalisées durant cette période sont-elles conformes à tes espérances ?
Effectivement, une première partie de saison s'achève pour moi. Les résultats ont été bons et même parfois au delà de mes espérances. En effet, j'avais à cœur de briller sur les courses à étapes afin d'emmagasiner de la confiance et de l'expérience pour les mois à venir. De ce point de vue, les objectifs ont été largement remplis puisque j'ai réussi à terminer dans les 5 premiers du classement général de toutes mes courses à étapes, hormis le critérium international. Cette régularité est le gros point positif de cette première partie de saison. Le point "noir" restera le critérium international où mes sensations n'étaient pas bonnes lors de la première étape alors que toute l'équipe avait réalisé un travail formidable. Cependant, cette désillusion m'a permis de tirer de nombreux enseignements et plus particulièrement de saisir les raisons de cette contre performance. Cela me permettra d'éviter de reproduire les mêmes erreurs à l'avenir.
L'autre gros point positif est le comportement et le niveau de performance de l'équipe. En effet, depuis l'an dernier, toute l'équipe a vraiment progressé en termes de confiance et dans la manière d'appréhender les moments importants de la course. L'équipe a franchi un palier notamment en montagne où je ne suis jamais isolé. Ceci est très important pour les échéances futures.

La "trêve" que tu vas observer est-elle la bienvenue ?
Effectivement elle tombe au bon moment. En effet, je suis depuis début février (étoile de Bessèges) en forme et sur de nombreuses courses. J'ai participé à beaucoup de courses par étapes avec à chaque fois de l'ambition et donc de la pression. J'ai senti lors de ma semaine en Belgique, sur les classiques Ardennaises, que la forme était encore bonne mais que je manquais un peu de "jus" pour espérer rivaliser avec les meilleurs. Cette coupure arrive donc au bon moment tant physiquement que mentalement. Elle me permettra de repartir frais et motivé pour les grosses échéances à venir.

Toi ainsi que ton équipe avez découvert la classique Liège-Bastogne-Liège. Quels enseignements tires-tu de cette première participation ?
Cette première participation a été très riche d'enseignements. Tout d'abord, nous avons pu voir que l'on avait le niveau pour participer à ces courses. En effet, au pied de la côte de la roche aux Faucons, à 20-25km de l'arrivée, nous étions encore 4 coureurs de l'équipe dans le groupe de tête composé de 40 unités. Malheureusement, notre manque de participation à des courses de ce niveau (Paris-Nice, Milan San Remo, Amstel Gold Race...) nous a fait défaut lorsque la grosse bagarre a eu lieu. Cependant, on se rend compte qu’avec une participation régulière à des courses de ce niveau, un top 15 voir top 10 est envisageable dans les années à venir. Il n'a pas manqué grand chose à Jonathan Hivert pour accompagner le groupe de contre juste derrière les frères Schleck et Gilbert.
J'ai également pu mesurer l'engouement populaire pour cette course et surtout l’admiration des belges pour Philippe Gilbert. L'ambiance était exceptionnelle.
J’estime que la doyenne est la course qui correspond le mieux à mes caractéristiques et je pense qu'à l'avenir j'essaierai de la préparer spécifiquement afin de faire un résultat.

Te crois-tu, un jour, capable de gagner une classique de ce genre ou te sens-tu vraiment plus à l'aise sur les courses à étapes ?
Il est certain que je me sens beaucoup plus à l'aise sur les courses à étapes. Toutefois, l'un n'empêche pas l'autre et je pense qu'il est possible de réaliser de très bonnes performances sur les classiques en étant un spécialiste des courses par étapes. Les frères Schleck en sont le parfait exemple. Cependant, j’arrive mieux à m’exprimer sur les courses à étapes et c'est ce qui m'attire le plus pour le moment. Depuis que je suis amateur, j’ai toujours obtenu de meilleurs résultats sur ce type de courses, ce qui semble se confirmer chez les professionnels.

Tu as planifié un programme qui devrait te permettre d'être "au top" pour la grande boucle. Qu'en est-il ?
La suite de mon programme est évidemment axé sur la préparation au Tour de France, afin d’espérer réaliser une bonne performance en juillet. Le vélo n'étant pas une science exacte, on ne peut jamais être certain du résultat final. Cependant, je vais tout faire pour arriver avec la meilleure forme possible sur la grande boucle de manière à n'avoir aucun regret, quel que soit le résultat.
En ce qui concerne mon programme, je ne peux évidemment pas tout dire mais je vais réaliser deux stages en montagne afin de repérer les étapes clefs et retravailler le coup de pédale en montagne. Pour le programme de courses, tout n'est pas encore planifié, la seule certitude est ma participation au critérium du Dauphiné. Pour les épreuves auxquelles je participerai au mois de mai, je dois encore définir ça avec le staff.


Tu disais en fin de saison dernière que tu avais franchi un palier mais, en examinant tes résultats de début de saison on peut raisonnablement penser que tu es passé à l’étage supérieur. Quel est ton sentiment ?
Ce début de saison est au dessus de mes espérances. En effet, je ne pensais pas être, si souvent, au contact des meilleurs dès le mois de février même si je savais que ma forme était bonne puisque j'avais bien préparé Paris-Nice. Ces résultats sont aussi le fruit de ma bonne saison 2010, où j'ai pu réaliser une année complète avec de nombreuses courses, ce qui m'a fait prendre de la "caisse" et de la force. C'est avec l'âge et en réalisant des saisons pleines que je vais continuer à franchir, petit à petit les paliers. Cette dernière saison m'a fait beaucoup progresser mentalement et physiquement et je ressens les bénéfices autant en montagne que dans le contre la montre. J'espère que ça va durer.

Les courses à l’étranger, notamment en Espagne te réussissent bien. Est-ce la manière de courir qui est différente ou la liberté dont tu disposes qui conduisent à ces bons résultats.
C'est vrai que j'adore courir en Espagne et en plus avec une certaine réussite. La manière de courir est un peu différente par rapport à la France puisque là-bas, les équipes viennent souvent avec un "gros" leader et font toute leur course en fonction de lui (Contador pour Saxo Bank, Menchov pour Geox, Anton pour Euskaltel...) sans hésiter à prendre la course à leur compte même s’ils n'ont pas le maillot jaune. En effet, lors de l'étape de montagne du tour de Murcie, Rabobank était leader mais c'est les équipes Euskaltel-Euskadi et Saxobank qui ont roulé et pris la course en main. Ce genre de situation est plus rare en France, où on laisse plutôt l'équipe du leader gérer la course et la poursuite. De plus, je dispose de plus de liberté là-bas, puisque l’on n’est pas dans un contexte franco-français. En France, on voit régulièrement les équipes françaises se "marcher" un peu sur les pieds car elles ont le même intérêt ou le même objectif et cela est souvent profitable aux coureurs ou équipes étrangères.
Personnellement, j'adore courir à l'étranger, que ce soit en Espagne ou en Italie. En effet, je trouve les courses plus "lisibles", puisque l'on sait souvent où se situe le point stratégique, là où la course va se jouer alors qu'en France c'est un peu plus aléatoire, la course peut être "pliée" n'importe quand. Bizarrement, j'ai l'impression que l'on est plus reconnu et respecté à l'étranger qu'en France.

Depuis le début de saison, c’est l’équipe Saur-Sojasun dans son ensemble qui « marche bien ». A quoi attribues-tu cette réussite ?
Principalement à notre état d'esprit. En effet, on est vraiment une bande de copains. Ce n'est pas une image que l'on veut créer ou faire passer aux yeux des gens, c'est vraiment la réalité. On s'entend très bien, on fait des stages « perso », on va les uns chez les autres, on est content de se retrouver en stage ou sur les courses. De plus, cette année nous n'avons pas eu besoin d'apprendre à nous connaître comme l'an dernier et cela nous a fait gagner du temps. Nous avons également une équipe très équilibrée et compétitive dans tous les domaines, que ce soit aux sprints, dans les chronos ou en montagne, renforcée cette année par l'arrivée de coureurs d'expérience tels que Coyot et Turpin.

La non sélection de ta formation pour Paris-Nice, c’est du passé mais avec ta forme actuelle n’y avait-il pas un bon coup à jouer sur cette épreuve ?
Je pense bien évidemment que j'étais en mesure de faire un meilleur classement général que l'an dernier puisque, comparativement, ma forme est largement meilleure en ce début de saison. On ne connaîtra jamais ce que l'équipe aurait pu réaliser sur cette course et ça nous laisse forcément un gout d'inachevé vu notre début d’année. Mais il y a eu une sélection et il faut l'accepter, même si j'espère que grâce à nos résultats, nous avons réussi à montrer aux organisateurs que l'on aurait pu être des acteurs majeurs pendant ce Paris-Nice.

Et maintenant la suite c’est quoi ?
Ce sera Cholet Pays de la Loire le 20 mars, Critérium international le 26 et 27 mars avant de retourner en Espagne pour la primavera le 10 avril, Castilla Leon du 13 au 17avril, la flèche Wallonne le 20 avril et Liège-Bastogne-Liège le 24avril.


A quelques jours de la reprise de la compétition, comment te sens-tu ?
Nous avons passé dix jours en Espagne pour notre dernier stage avant les compétitions et toute l'équipe était très motivée et déjà bien en jambes. Personnellement, les sensations sont plutôt bonnes, je pense être dans la même forme que l'année dernière à la même époque. Il me reste encore quelques jours pour peaufiner ma forme avant l'étoile de Bessèges. Comme tout compétiteur, il me tarde de reprendre les compétitions afin de pouvoir voir où j'en suis physiquement.

L'annonce de la non sélection de ton équipe pour Paris-Nice n'a t-elle pas modifié ta préparation et tes objectifs de début de saison ?
En effet, cette non sélection est une déception pour moi car c'était le gros objectif du début de saison. Je pense que j'avais les moyens de faire mieux que l'an dernier. C'est dommage mais on doit accepter la décision. Cette annulation a modifié mon programme de courses et ma préparation. En effet, on a décidé d'avancer un peu mon pic de forme afin de pouvoir être compétitif fin février et d'améliorer cette condition pour le critérium international fin mars.
Concernant mon programme, après l'étoile de Bessèges, je participerai à la Ruta Del sol (Tour d'Andalousie), puis aux boucles du sud Ardèche, au tour de Murcie et au critérium international.


Quel premier grand rendez-vous as-tu coché dans ton calendrier de courses ?
Mon premier grand rendez-vous devait être Paris-Nice. Je vais essayer de bien figurer à la Ruta Del sol et au tour de Murcie mais, le principal objectif est maintenant le critérium international. Même si l'an dernier, cette course ne m'avait pas très bien réussi, j'espère cette année être en mesure de jouer un bon classement général.

Votre sélection pour le Tour de France va contribuer à une gestion différente des courses précédant cette épreuve. Est-ce une réflexion que tu as déjà eu avec ton directeur sportif ?
Il est certain que quand on participe au Tour de France, l'approche des courses qui précèdent le mois de juillet se gère différemment. C'est une réflexion que l'on a eu rapidement avec les directeurs sportifs mais que nous allons approfondir dans les mois à venir. Les principaux changements se feront sur la gestion du mois de mai et sur l'approche du Critérium du Dauphiné où l'on décidera si je vise le général ou plutôt une victoire d'étape.

Avec tes performances et celles de toute l'équipe la saison dernière, ta formation semble avoir pris une nouvelle dimension aux yeux du public et de la presse. Est-ce ton ressenti ?
Effectivement, l'excellente saison que nous venons de réaliser, où nous avons terminé première équipe française, a changé quelque peu notre statut aux yeux du public. Au début de la saison 2010, nous étions présentés comme la petite équipe, le petit poucet qui devait constamment faire ses preuves. Grâce à nos résultats, on est devenu une équipe respectée et reconnue du grand public et de la presse. Je pense qu'ils apprécient notre état d'esprit, notre professionnalisme et le fait de réaliser de grandes choses sans avoir de "têtes d'affiches" mais simplement en étant soudés.


Haut de page