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Saison 2012


Tu termines la saison 2012 avec une victoire sur le Tour du Doubs et une sélection avec l’équipe de France aux championnats du monde. De quoi être satisfait et confiant pour l’an prochain, n’est-ce pas ?
Après le Tour de France que j'ai terminé très fatigué, j'avais à cœur de bien finir la saison. Dès ma reprise au Tour de l'Ain, je sentais que la forme était là et cela m’a redonné confiance pour les courses suivantes avec l'espoir de renouer avec la victoire. Le Tour du Doubs est une course que j'affectionne particulièrement. En effet, elle est proche de la maison et le parcours est plutôt dur. Pouvoir regagner cette manche de la coupe de France m'a donné l’opportunité de concrétiser ma bonne forme et de montrer à Laurent Jalabert que j'étais prêt pour une éventuelle sélection. J'ai appris ma sélection pour le championnat du monde une semaine plus tard, lors du Tour de Grande Bretagne. Le championnat du monde a été une super expérience, j'ai pris beaucoup de plaisir avec l'équipe et à aider Thomas. Cette bonne forme m'a permis de couper sereinement et d'être déjà motivé pour la saison 2013 qui, je l'espère, sera bonne.

Tu t’es engagé avec l’équipe Cofidis en 2013. As-tu déjà côtoyé tes nouveaux équipiers ? Sinon est-ce prévu prochainement ?
Je n'ai pas encore vu mes nouveaux coéquipiers, le premier rassemblement est prévu pour le 20 novembre. Ce premier stage est principalement axé sur les tests physiques, les réunions et les rencontres avec les différents sponsors. Ce premier rendez-vous est très important pour apprendre à connaître ses nouveaux coéquipiers et les membres du staff. Ce stage permet de souder l'équipe, en faisant des activités différentes. L’homogénéité est la complicité au sein du groupe sont fondamentales pour être performant par la suite et notamment dès le début de l’année.

Qu’est-ce qui va ou risque de changer pour toi en intégrant cette nouvelle formation ?
Intégrer l'équipe Cofidis est un palier de plus dans ma progression. C'est une équipe historique dans le monde du vélo, avec un passé important et qui était parmi les meilleures équipes du peloton. Mon choix n'a pas été facile mais la présence de Rein Taaramae et de Dani Navarro a fait pencher la balance en leur faveur. Il n'y aura pas de gros changements par rapport à ces dernières années. Le seul changement sera le fait de partager les responsabilités avec Rein sur les grandes courses, ce qui divisera la pression et nous permettra d'être plus forts à deux dans les moments décisifs. De plus, je pourrai courir différemment, comme je l'ai fait sur la fin de saison. En effet, chez Saur Sojasun, je devais régulièrement courir sur la retenue, sans prendre de gros risques sur les courses par étapes puisque j'étais le seul leader. Tous les copains se sacrifiaient pour moi et je ne pouvais pas me permettre de terminer à 20 minutes sur une étape. L'an prochain, ma manière de courir sera différente, je pourrai davantage me livrer puisqu'il y aura d'autres leaders derrière pour assurer une présence au classement général. Prendre des risques et avoir une attitude plus agressive me conviendra mieux puisque c'est ce que je faisais régulièrement en amateur et ce que j'ai fait en fin de saison.

On a beaucoup parlé dopage ces dernières semaines avec l’affaire Armstrong. Que penses-tu des révélations faites et du dopage dans le cyclisme d’une manière plus globale ?
Je suis bien sûr triste de ces diverses affaires mais surtout triste que l'on tape uniquement sur le vélo. On est le sport le plus contrôlé au monde donc c'est logique qu'il y ait des contrôles positifs. Je suis simplement déçu que tous les sports ne soient pas traités de la même façon, que ce soit sur le nombre des contrôles ou d'un point de vue médiatique. Je suis professionnel depuis cinq ans et je n'ai jamais vu une performance hors norme, qui aurait pu me faire dire que c'était impossible. Le vélo est certainement plus propre que jamais et je suis très fier du métier que je fais.

On connaît depuis peu le tracé emprunté par le futur Tour de France. Ce parcours t’inspire-t-il ?
Je trouve le parcours très bien, très spectaculaire et très équilibré. Le départ de Corse sera très sympa mais très dangereux puisque là-bas, les routes sont très étroites. De plus, il n'y aura pas de prologue, ce qui fera du vainqueur de la première étape le maillot jaune. Le retour du contre la montre par équipes est une bonne chose car c'est toujours très spectaculaire et cela montre la force et la solidarité d'une formation. D'un point de vue plus personnel, je me réjouis du retour de la grande boucle en Haute Savoie, au Grand Bornand et à Annecy. Ces deux étapes seront certainement décisives pour figer le classement général ce qui promet un beau spectacle dans notre beau département.


Quels sont les motifs qui t’ont conduit à quitter l’équipe Saur-Sojasun ?
Ce choix a été difficile pour moi puisque je me sentais très bien dans l'équipe. Suite à l'annonce du retrait de la Saur, Stéphane Heulot était à la recherche d'un nouveau sponsor. J'ai longtemps attendu avant de prendre ma décision car je voulais d'abord discuter avec lui, mon premier choix étant de rester avec l'équipe à condition que celle-ci progresse et effectue un bon recrutement. Malheureusement, l'accord avec le nouveau sponsor est arrivé tardivement et Stéphane n'était pas certain de pouvoir m'assurer un bon programme de courses. Il m'a donc dit de choisir la formation qui me paraissait la mieux armée pour continuer ma progression. Je tiens d'ailleurs à le remercier car il a été très honnête avec moi, sans jamais chercher à masquer la réalité pour retarder ma décision. Je quitte vraiment une équipe où j'ai passé trois belles années, avec un super staff et des coureurs qui sont devenus de vrais amis. Contrairement à ce qui a été dit, je quitte cette formation en très bon termes. J'ai toujours régulièrement Stéphane ou des membres du staff au téléphone et je leur souhaite le meilleur pour la saison prochaine.

Pourquoi ton choix s’est porté sur l’équipe Cofidis plutôt qu’une autre formation ?
J'avais de nombreux contacts, notamment avec des formations étrangères. Le choix n'a pas été facile puisque chaque équipe avait de très bons arguments. Dans un premier temps, je voulais partir dans un team étranger, mais pour diverses raisons (recrutement, programme de courses...) cela n'a pas pu se faire. Je ne voulais pas partir à l'étranger pour dire d'être à l'étranger. Je voulais surtout pouvoir avoir ma chance sur les plus belles courses, ce qui n'est pas forcement facile dans les grosses équipes étrangères.
Ensuite, pour le choix de Cofidis en lui même, le discours et le projet à moyen terme du manager Yvon Sanquer m'ont convaincu. Cette formation possède un gros sponsor, fidèle et qui s'est engagé jusqu'en 2016, ce qui dans le contexte actuel est un réel avantage et permet à l'équipe de travailler sereinement. De plus, la présence de Rein Taaramae dans l'effectif a été un critère décisif pour moi. En effet, Rein est un ami et pouvoir courir avec lui, partager les responsabilités sur les courses par étapes était un vrai avantage puisque si l'un est en méforme, ou chute, il y aura toujours l’autre pour jouer les premiers rôles.
Enfin, Cofidis a beaucoup d'ambitions pour les années à venir en souhaitant rejoindre en 2014 le World Tour et faire partie des meilleures formations. Vu le recrutement que Cofidis a effectué (Levarlet, Le Mevel, Navarro, Bessy...), je pense que dès 2013, l'équipe peut avoir de vraies ambitions et s'installer parmi les meilleurs.

D’autres coureurs de Saur-Sojasun ont déjà annoncé leur départ et viennent te rejoindre dans ta nouvelle formation pour la saison 2013. Quelles sont les raisons de ces changements ?
Effectivement, plusieurs coureurs de Saur-Sojasun rejoignent également l'équipe Cofidis. Cependant, il n'y a pas vraiment de liens ou de relations entre ces transferts. En effet, Guillaume Levarlet s'était engagé avec eux avant que moi je me décide à les rejoindre. Pour ce qui est de Stéphane Poulhiès, je n'étais pas au courant, j'ai appris cela par la presse comme tout le monde. Cyril Bessy avait déjà eu des contacts avec Cofidis il y a un an et son profil intéressait les directeurs sportifs. Guillaume et Cyril font parti de mes meilleurs amis et les retrouver l'année prochaine me réjouit mais je pense que s’ils ont décidé de rejoindre Cofidis, c'est avant tout parce que le projet les a séduits et que leur profil intéressait l'équipe. Rester ensemble n'était pas une priorité pour nous, on savait que nos choix seraient peut être différents et que l'on ne courrait sans doute plus sous le même maillot. Finalement, le discours, les coureurs et le projet à moyen et long terme nous ont réunis.

Tu viens de terminer 5ème du Tour de l’Ain. As-tu bien récupéré de tes ennuis de santé et d’une fin de Tour de France difficile ?
Le Tour de l'Ain était ma course de reprise. Après le Tour, j'ai vraiment mis l'accent sur la récupération et les examens pour me soigner. La semaine suivante, j'ai repris l'entraînement sérieusement, et la condition est revenue petit à petit, ce qui m'a vraiment fait du bien moralement. Le Tour de l'Ain est une course que j'affectionne et je voulais être capable d'y jouer les premiers rôles. Je voulais avant tout gagner une étape pour remercier l'équipe avant mon départ. Les sensations étaient bonnes, excepté le jour de l'arrivée au sommet où malheureusement le podium s'est joué. J'ai essayé jusqu'au dernier jour de regagner des places et de jouer la victoire. Même si je n’y suis pas parvenu, la forme est là et c'est le principal pour la fin de saison.

Sur quelles courses as-tu prévu de te présenter pour cette fin de saison et quels sont tes objectifs pour cette fin d’année ?
Je pars lundi pour le Tour du Poitou-Charentes qui aura lieu du 21 au 24 août, puis Plouay le 26 août, le Tour du Doubs le 2 septembre. Pour la suite, je dois voir avec les directeurs sportifs.Je vais terminer l'année sans réels objectifs, je vais surtout essayer de garder une bonne forme jusqu'à la dernière course pour essayer d'être présent pour la victoire le plus souvent possible.


Le grand public t’a vu malade sur la dernière semaine du Tour. Comment vas-tu depuis et de quoi souffres-tu réellement ?
Effectivement j'ai passé une dernière semaine difficile à cause de la maladie mais qui me servira certainement à l'avenir. En fait, j'ai apparemment souffert d'une trachéobronchite qui s'est accentuée avec une allergie à l'ambroisie aggravant mon asthme. Cette maladie n'est pas grave en soi mais cumulée à la fatigue et à la difficulté des étapes il était très dur pour moi de récupérer. Le traitement le plus efficient est malheureusement interdit en compétition. Il est donc très compliqué pour un sportif de haut niveau de se soigner d'une manière efficace et rapide dans une telle situation.
Depuis la fin du Tour, j'ai passé plusieurs examens pour confirmer le diagnostic. Je suis toujours malade mais le repos et le traitement vont me permettre de bien récupérer car j'ai énormément puisé dans mes réserves et terminé le Tour très fatigué.

Qu'as-tu programmé durant ces quinze jours et quand espères-tu reprendre la compétition ?
Pour l'instant la priorité est de me soigner et de bien récupérer pour la fin de saison. J'ai décidé de ne pas faire de critériums pour retrouver des forces et préparer au mieux les courses à venir. Je vais reprendre doucement l'entraînement en fin de semaine et si les sensations sont bonnes, je devrais reprendre la compétition sur le Tour de l'Ain le 7août prochain.

Tu avais choisi de préparer la grande boucle en effectuant des stages en altitude. Ta maladie a faussé la donne mais, cette préparation t’a-t-elle paru bénéfique et renouvelleras-tu cette expérience ?
C'est vrai qu'à cause de la maladie je n'ai pas pu ressentir exactement les effets que j'aurais souhaités. Cependant, il est certain que je renouvellerai l'expérience car avant que je tombe malade mes sensations allaient en s'améliorant et je retrouvais un "coup de pédale" intéressant en montagne. Je pense que la suite du Tour m'aurait conforté dans mon choix et que j'aurais pu faire au moins aussi bien qu'en 2011. Là ou j'ai le plus ressenti les bienfaits de cette préparation a été sur le Tour de Bavière, tout de suite après être redescendu d'altitude, signe que la stratégie était bonne. Malheureusement, le deuxième pic qui était prévu sur le Tour n'a pas pu être vérifié.

L’équipe Sky était imbattable sur ce Tour de France. Cette formation semble en avance dans beaucoup de domaines par rapport aux autres. Qu’en penses-tu ?
Effectivement l'équipe sky est très impressionnante depuis le début de la saison. Il faut savoir que de nombreux coureurs qui ont un rôle d'équipier chez eux seraient de grand leader dans d'autres formations, je pense à Porte, Rogers, Boasson Hagen, Siutsu. De plus, c'est une équipe avec énormément de moyens. Ils mettent tout en œuvre pour être les meilleurs jusque dans les moindres détails. Chez eux, tout est étudié, analysé. Ils sont à la pointe en diététique, matériel, coaching, préparation et c'est tout ce travail qui leur permet d'être les plus forts et d'obtenir ces résultats.

Une rumeur apparemment non fondée a circulé concernant ta mésentente avec ton manager ainsi que ton départ pour une autre équipe l’an prochain. Peux-tu en dire davantage ?
Le Tour est toujours une période propice aux rumeurs. Il a été dit que j'étais en froid avec Stéphane Heulot, ce qui est complètement faux. On s'entend toujours très bien et il m'a beaucoup soutenu sur ce Tour même dans les moments difficiles, comme toute l'équipe d'ailleurs. Il a aussi été dit que j'avais signé chez Garmin-Sharp, ce qui est également complètement faux puisque je n'ai aucun contact avec eux. Il est très difficile pour moi de comprendre comment on peut écrire des choses gratuites sans vérifier. Quelquefois, les rumeurs ont une part de vérité, or ici tout est sans fondement. Je n'ai jamais nié avoir des contacts avec d'autres équipes mais je n'en ai pas avec Garmin.
Concernant mon avenir, je n'ai pas encore pris de décision, j'étudie les différentes propositions. Je me sens très bien dans l'équipe et j'attends d'en savoir plus avec eux avant de me décider mais je sais que si je venais à partir, il n'y aurait pas de tension ou d'engueulades avec Stéphane.


Tu as choisi cette année de préparé le Tour de France en effectuant des stages en altitude. Comment se sont-ils déroulés ?
Effectivement j'ai décidé d'effectuer un gros stage en altitude pour préparer le Tour. Cette idée me trottait dans la tête depuis un petit moment et j'ai donc décidé de tenter l'expérience. Je pensais que c'était pour moi le bon moment car après un Tour de France 2011 plutôt réussi, je voulais cette année prendre plus de "risques". En effet, une préparation en altitude implique de nombreuses contraintes (lieu, climat, temps d'adaptation, temps de récupération...) et surtout comporte un réel risque puisque quasiment aucune personne ne réagit de la même manière à l'altitude. Pour savoir quelle est la bonne méthode, il faut donc essayer, quitte à se tromper. J'ai donc passé deux semaines seul en altitude (environ 2200m) où j'ai énormément travaillé. Je suis redescendu le lundi 22 mai avant de reprendre l'avion le mardi 23 mai pour participer au tour de Bavière. Après une période en altitude, on observe une "fenêtre" de trois ou quatre jours où les sensations sont très bonnes. J'en ai donc profité sur cette course. Suite à cette bonne période, j'ai observé une baisse de forme jusqu'au début du Dauphiné. Sur cette course, je me sentais bien mais sans plus. Jusqu'au Tour, j'ai et je vais effectuer quelques rappels en altitude en vue du grand départ samedi prochain en espérant que la méthode choisie soit plutôt concluante.

Ton remarquable classement lors du Tour de Bavière est-il le fruit du travail effectué lors de ton premier stage en altitude ?
Suite à mon stage en altitude, je savais que la forme devait être bonne durant un court laps de temps et j'ai réussi à en tirer profit sur le tour de Bavière. Ce bon résultat n'est toutefois pas le fruit de ce seul stage. Ce serait "trop facile"! En effet, cette course s'est beaucoup jouée sur le contre-la-montre, une discipline que j'ai énormément retravaillée depuis l'année dernière. Je sens cette année que ce travail commence à porter ses fruits.

Ton résultat final sur le critérium du Dauphiné est-il conforme à tes attentes ?
Le Dauphiné est une course à part pour moi. C'est la course de la région, celle qui passe sur mes routes d'entraînements et j'ai toujours envie de faire le meilleur résultat possible. Cette année mon classement général n'est pas celui que j'espérais même si je m'y attendais un peu au vue de ma préparation. Toutefois j'ai pu me retrouver souvent à l'attaque et je suis passé à deux reprises assez près d'une victoire. J'ai pris énormément de plaisir à courir comme cela, en attaquant, puisque je savais au départ que le général n'était pas réellement l'objectif.
Depuis un an, je prépare plus spécifiquement le Tour de France. Je suis "obligé" d'arriver un peu moins affuté que je ne l'étais en 2010. Il est très dur d'arriver au top de sa forme pour le Dauphiné et de réussir à la garder jusqu'à la troisième semaine du Tour. En effet, la première étape de montagne sur le Tour arrive quasiment quatre semaines après la fin du Dauphiné ce qui est très long pour tenir la forme. Des coureurs comme Wiggins ou Evans peuvent le faire, car ils ont l'expérience et sont pour moi sur le Dauphiné à 90 ou 95% de leur condition.

Tes résultats, depuis le début de l’année, sur les contre-la-montre sont très bons. Pourquoi as donc tu choisi de ne pas disputer le championnat de France du contre la montre ?
Prendre cette décision n'a pas été facile du tout puisque le championnat de France contre-la-montre est une course que j'affectionne. Cependant, avec ma préparation en altitude, je n'ai pas pu faire les reconnaissances au mois de mai et faire une préparation spécifique pour cette course. A l'approche de l'échéance et avec mes derniers résultats dans cette discipline j'ai vraiment hésité et failli revenir sur ma décision mais, j'ai décidé de rester sur l'idée de départ. Comme je l'ai dit plus haut, j'ai choisi une préparation plus risquée et je pense que c'était la bonne année pour essayer car le parcours du championnat de France ne me convenait pas vraiment.

As-tu fais un travail spécifique dans ce domaine sachant que lors du prochain Tour de France il faudra être performant dans l’effort individuel ?
Oui. Depuis un an, je me suis vraiment investi à nouveau dans le chrono en vue du Tour. Il n'est jamais facile de travailler la montagne et le contre-la-montre. Il faut réussir à progresser dans chacun des domaines sans régresser dans l'autre. J'aime bien m’inspirer de Bradley Wiggins, qui a parfaitement réussi à le faire. Il est un peu plus âgé que moi, ce qui me laisse beaucoup d'espoir et me montre la voie à suivre.

As-tu reconnu toutes les étapes de montagne de la grande boucle 2012 ?
Pas toutes. J'en ai reconnu beaucoup, particulièrement, celles que je ne connaissais pas. J'ai reconnu l'étape de la Planche des Belles Filles, de Porrentruy, de Bellegarde, de Foix, de Peyragudes, plus le contre-la-montre de Besançon. J'irai peut être en faire d'autre d'ici le départ du Tour.

Ton équipe remporte des courses et semble avoir gagné en maturité. A quoi attribues-tu cette réussite ?
Je pense que toute l'équipe progresse de façon régulière et gagne en expérience. De plus, certains coureurs qui avaient le potentiel pour faire de belles choses ont vraiment explosé cette année et pris confiance en eux (Simon, Levarlet, Jeandesboz...). Ils arrivent à maturité ce qui explique aussi ces bons résultats. Les courses Pro Tour auxquelles nous sommes invités nous permettent de nous confronter aux meilleurs et donc de progresser.

L’an dernier, avant le Tour de France, tu estimais qu’un Top 15 était jouable et tu as rempli ton contrat. Quel est ton objectif cette année ?
Cette année je ne me fixe pas de réels objectifs. L'an dernier j'ai failli tout perdre sur la première semaine et j'ai vraiment souffert pour atteindre mon objectif. Je pense même que si cela n’avait pas été le Tour de France, j'aurais sans doute mis pied à terre. Cette année je pense être en mesure de faire aussi bien qu'en 2011 à condition que je passe sans encombre la première semaine.


Où en es-tu au niveau de ta douleur au genou et de quel mal s’agit-il réellement ?
Lors de la 5ème étape de Paris-Nice, j'ai commencé à ressentir une douleur, principalement lorsque je roulais tranquillement. Lorsque la course était vraiment lancée celle-ci disparaissait, peut être que le mal de jambes était plus fort que mon mal au genou. Suite à cette course, j'ai coupé trois jours. Dès ma reprise la douleur est revenue et il m'était impossible de pédaler. En accord avec le médecin j'ai décidé de stopper tout de suite l'entraînement et de passer des examens. Nous avons d'abord pensé à une tendinite mais suite à un deuxième IRM et une échographie, on a trouvé l’origine du mal : un syndrome rotulien, causé apparemment par le froid. Pour faire simple, c'est la rotule qui est excentrée et qui frotte sur le cartilage. A chaque coup de pédale, lorsque mon genou arrivait à 90°, je ressentais une très forte douleur. Mais avec du repos et surtout un super travail de mon ostéopathe et de mon micro-kiné (j'en profite pour les remercier à nouveau), j'ai pu recommencer petit à petit à m'entraîner.

Depuis la fin de Paris-Nice et suite à cette douleur, ton calendrier de courses a été modifié. Comment as-tu géré cette période tant moralement qu'au niveau de ta préparation ?
Cette période n'a pas été facile puisque je sortais en bonne forme de Paris-Nice. Je devais enchaîner avec le Tour de Catalogne. Malheureusement, j'ai dû déclarer forfait pour cette course puis au Critérium International et enfin au circuit de la Sarthe. Pendant tout ce temps, j'ai été obligé de couper avant de repartir vraiment doucement à l'entraînement, une heure sur le plat tous les deux ou trois jours mais, la douleur était toujours présente. J'ai donc continué sérieusement les soins (glace, lazer, ostéo, kiné...) et pris mon mal en patience. J'ai tout de même décidé de reprendre plus intensivement malgré la douleur dans le but d'être le plus compétitif possible sur le tour de Romandie. J'ai renoué avec la compétition lors de la Clasica Primavera dans le simple but de refaire du rythme pour retrouver de bonnes sensations. La douleur est restée présente jusqu'à la Flèche Wallonne et c'est seulement le lendemain que j'ai ressenti une réelle amélioration.

Pendant ce laps de temps ta formation a appris sa sélection pour le Tour de France. Une nouvelle rassurante n’est-ce pas ?
Effectivement, c'est une très bonne nouvelle qui nous soulage et va me permettre de me préparer sereinement pour juillet. Je trouve cette décision logique au vu de notre début de saison et je suis sûr que l'on répondra présent sur la grande boucle.

Mardi commence le tour de Romandie. Quel objectif t’es-tu fixé sur cette épreuve ?
Le tour de Romandie est le deuxième objectif de début de saison fixé après Paris-Nice. Malheureusement, suite à mon problème de genou ma préparation a été retardée et je suis un peu dans l'inconnu. J'ai anticipé ma rentrée et enchaîné les courses pour espérer combler mon retard mais, le temps perdu ne se rattrape pas. Ce n'est pas la manière dont j'aime préparer mes courses, je préfère m'entraîner dur chez moi sans trop courir pour arriver frais et motivé sur mes objectifs. Cependant, je pense que cette cette approche peut fonctionner même si je risque d'être un peu "juste" dans les cols. J'espère être de mieux en mieux physiquement au fil de la semaine. La prépa est terminée, les dés sont jetés !

Ensuite tu devrais partir pour un stage en altitude. Peux-tu en dire davantage ?
Après le tour de Romandie, je vais couper quelques jours avant effectivement de partir pour un stage en altitude. Le lieu est encore à définir. C'est pour moi le bon moment pour essayer cette méthode de travail. En effet, je veux faire cela avant d'arriver dans mes meilleures années pour pouvoir corriger les erreurs. De plus, vu le parcours du championnat de France, il y a peu de chance pour que je sois sur le podium, je pourrai donc prolonger ma préparation jusqu'au dernier moment. Elle est très risquée puisque il y a de nombreux facteurs que l’on ne maîtrise pas. Si d’aventure celle-ci me convenait, elle devrait me permettre de franchir un petit palier et d'être encore plus en forme au départ du Tour.


Si l’on enlève les 2’29 concédées lors de la 2° étape ainsi qu’une partie du temps lâché lors de ton incident mécanique sur les hauteurs de Mende, tu entres facilement dans le Top 5 de Paris-Nice. N’est-ce pas frustrant ?
Effectivement, sans tous ces petits aléas, le top 5 était jouable. Mais, comme on dit : « avec des si... » Malheureusement, je n'ai pas réussi à "attraper" la première bordure , lors de la 2° étape, pour seulement quelques places et vu les coureurs qui étaient devant, on a vite compris que ça allait être compliqué de revenir. En ce qui concerne mon ennui mécanique, c'est dommage car les sensations étaient très bonnes et je pense que j'étais capable de faire un bon résultat au sommet de la cote de la croix neuve. Mais, ces aléas font aussi partie de la course. Dès le lundi soir, après l'étape des bordures, on savait qu'on allait regretter le temps perdu et effectivement le soir de la dernière étape, nous étions contents du résultat du chrono mais frustrés du temps perdu toute la semaine. Mais, comme je l'ai dit : « ça fait partie de la course ! »

Bien que ton équipe ait parfaitement joué son rôle lors de la poursuite sur la 2° étape on voit toute l’importance, pour un leader, d’avoir un collectif solide pour gérer des situations de course difficile. Qu’en penses-tu ?
Sur ces étapes venteuses et piégeuses, le collectif est primordial. En effet, quand le leader n'est pas un spécialiste des bordures, les coéquipiers sont très importants pour le protéger et limiter les dégâts. En ce qui me concerne, l'équipe était très bien organisée et très présente autour de moi. Malheureusement, la cassure se situe cinq places devant moi et je ne trouve pas l'ouverture pour gicler dans la première bordure. On a alors "ouvert" tout de suite la seconde bordure en espérant rentrer mais les coureurs devant étaient vraiment très forts. Forcément nous étions mécontents du résultat mais surtout déçu de la manière dont la poursuite a été menée. Beaucoup d'équipes n'étaient pas représentées à l'avant et aucune n'est venue rouler avec nous. Je pense qu'avec de l'aide nous aurions pu perdre beaucoup moins de temps. En tous cas, l'équipe a pris ses responsabilités et sans nous, je ne sais pas quel aurait été le débours à l’arrivée.

Tu as réalisé un excellent chrono lors de la montée du col d’Eze. Dans quel état d’esprit abordais-tu ce contre la montre et quel braquet as-tu utilisé ?
Pour ce chrono, j'étais vraiment très motivé, je voulais prouver que la forme était là et que le classement général ne reflétait pas vraiment mes sensations. J'ai donc fait ce chrono très sérieusement et j'ai vite senti que j’étais dans de bonnes dispositions. Je me suis fait plaisir et je suis content de finir ce Paris-Nice sur une note optimiste. Concernant le braquet, j'ai utilisé 42-53 pour les plateaux et 11-23 pour les pignons.

Tu réalises un formidable début de saison. Cela te surprend-t-il ?
Je savais que ma préparation hivernale avait été sérieuse et j’espérais avoir de bonnes sensations dès le début de saison. Cependant je ne m'attendais pas à gagner dès ma première course. Ces deux victoires m'ont donné beaucoup de confiance et m'ont rassuré.

On sent aussi que ton équipe a franchi un palier et qu’elle est soudée autour de toi. N’est-ce qu’une simple impression ?
Effectivement, l'équipe est beaucoup plus forte cette année. Tous les coureurs ont bien progressé et cela se ressent dans les courses. Je pense que le Tour de France a été très bénéfique pour la confiance du groupe. On a vu que l'on était capable de faire de belles choses sur la plus grosse épreuve du monde et cette confiance est primordiale pour être performant. L'équipe a toujours été très soudée autour de moi et je leur dois en grande partie mes résultats.

As-tu prévu de souffler un peu après cette semaine de course et quelle est la suite de ton programme ainsi que tes prochains objectifs ?
Après un début de saison très chargé, j'ai décidé de m’accorder une pause pour ne reprendre les courses que dans deux semaines. En effet, je sentais le besoin de souffler un peu avant de repartir dans un cycle de travail et me fixer de nouveaux objectifs. En rentrant de Paris-Nice, j'ai donc coupé trois jours avant de recommencer l'entraînement.
Mon retour à la compétition se fera au Critérium International avant d'enchaîner avec la Castilla Leon, la Flèche Wallone et le Tour de Romandie.


(afp/b. horvat.)

Première course et première victoire. Pensais-tu être à ce niveau en ce début de saison ?
La première course est toujours particulière puisqu'on est un peu dans l'inconnu, on ne connaît pas son niveau de forme par rapport aux autres coureurs. Cependant, l'hiver a été bon et les tests du stage de janvier étaient plutôt encourageants. Je suis donc arrivé sur l'étoile de Bessèges confiant, sans pression, en prenant la course au jour le jour tout en gardant à l'esprit le contre la montre du dernier jour. Toute l'équipe marchait très bien et tout le monde a fait son maximum pour que je ne perde pas de temps avant le dernier jour. Gagner était aussi un soulagement vu tout le travail effectué par l'équipe, pour moi, sur cette course et depuis 2010.

As-tu souffert du froid et la course était-elle réellement dangereuse durant cette 42ème édition de l’étoile de Bessèges ?
Les conditions climatiques étaient vraiment dantesques. Franchement, c'était la première fois que je courrais avec des températures si basses et un vent aussi violent. J'ai l'habitude de m'entraîner dans des conditions difficiles mais entre l'entraînement et la course c’est différent. Nous avons eu régulièrement des températures négatives et au delà du froid c'est surtout la neige et le vent qui rendaient la course dangereuse. Pour l’intérêt des coureurs et de l’épreuve, il était préférable de raccourcir les parcours. Cela n'a pas empêché d'avoir de superbes étapes, pleines de rebondissements. On a pu entendre que les coureurs se plaignaient pour rien mais, lorsque l’on a du verglas ou des rafales de vent à 100km/h, il est impossible de faire du vélo, surtout avec un peloton de 140 coureurs.

Cette victoire va-t-elle te conforter dans la manière de te préparer durant la trêve hivernale ?
Je crois avoir trouvé la bonne préparation, celle qui me convient le mieux. Ces deux victoires sur ma première course valident ma préparation et me conforte dans mes choix. Ma préparation est un peu atypique mais mon passé de skieur me permet de bien conjuguer les deux sports et d'arriver en forme dès le début de saison.

Elle doit aussi t’enlever une sacrée pression pour la suite et notamment pour Paris-Nice ?
Effectivement, gagner tôt dans la saison enlève un peu de pression, que ce soit pour moi ou pour l'équipe en général. Partir sur de bonnes bases permet de bien lancer l'année et de partir dans une bonne spirale. De plus, je ne suis pas quelqu'un qui gagne beaucoup de courses donc gagner tôt dans la saison fait du bien surtout au niveau de la confiance.

Tu as fait de Paris-Nice ton grand objectif avoué de ce début de saison. As-tu prévu un entraînement spécifique durant ce mois qui précède cette échéance ?
Paris Nice, est un objectif mais j'y vais sans pression, juste avec l'envie de bien faire. Pour ce qui est de la préparation, l'entraînement sera plutôt classique. Après l'étoile de Bessèges, je vais récupérer un peu avant de repartir sur un cycle de travail qui se terminera par la Ruta del Sol. Mon cycle de travail sera découpé en deux parties, la première plutôt foncière et la seconde plus intensive, dans le but de passer un palier pour Paris-Nice.

Toi et ton équipe êtes toujours dans l’incertitude concernant une invitation pour le Tour de France. Quand serez-vous fixés sur votre sort ?
Je ne sais pas quand les invitations seront données. Je pense après Paris-Nice. De toute façon, notre participation dépend aussi de notre début de saison et nous devons continuer à courir comme on le fait depuis le début de l'année afin de prouver à ASO que l'on mérite cette invitation. J’estime sincèrement que l'équipe a sa place sur cette course et que l'on est capable de faire beaucoup mieux que l'année dernière.


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